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Le village de Moloy

Inauguration : Discours de M. l'Architecte


Merci Monsieur le Maire de me donner la parole…
Monsieur le Député
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Curé,
Mesdames et Messieurs…
Au coeur de Moloy, l'église Saint-Jean-Baptiste de Moloy nous raconte beaucoup de l'histoire du village.
L'édifice primitif est antérieur au XIVe siècle, et peut-être pourrons-nous retrouver des vestiges plus anciens lors de la prochaine tranche de travaux dédiée à restauration et mise en valeur intérieure.
• Dans son état actuel, le choeur est de la fin du XIIIe siècle ou du XIVe siècle. On imagine facilement un premier état limité aux deux travées du choeur voûtées avec ogives, et un porche sous le clocher
• Au XVe siècle on ouvre la baie axiale à remplage, on crée les piscines avec linteaux à accolade. Sans doute décore-t-on l'église des deux superbes statues qui subsistent (classées au titre des Monuments Historiques le 29 septembre 1966).
• Au premier quart du XVIe siècle on décore les murs et voûtes du choeur de peintures ; ces décors seront par la suite recouverts de badigeons puis remis à jour en 1897. Il est possible qu'à la même époque, au XVIe siècle, on ait construit un premier état de la nef, de même largeur que le choeur et courte de deux travées. On connaît ses dimensions et l'ensemble était recouvert de laves et précédé d'un porche.

• En 1677 on construit les deux chapelles latérales, ouvertes par un grand arc plein cintre sur la fausse croisée ; on ouvre la porte sud dans le clocher, on déplace les piscines dans les nouvelles chapelles.
• Un siècle plus tard, en 1777, les habitants demandent que soit restaurée l'église dont le beffroi menace de s'écrouler, qu'elle soit réparée et agrandie, que les cloches soient refondues et que soit créé un logement pour le desservant…
• Finalement, en 1780 un devis est établi par Pierre Jean Guillemot Ingénieur des Ponts et Chaussées, et architecte d'autres édifices des environs : Poncey-sur-Ignon (1785-87), Autricourt (1786-88) clocher et portail de Saint-Broing-les-Moines, portail de Belan-sur-Ource, porche de Coulmier-le-Sec…
Des travaux sont envisagés, mais à la demande de l'expert désigné par l'Intendant, la décision est prise en 1784 de détruire la nef vétuste et petite pour la remplacer par le volume actuel, plus vaste et moderne, de facture néo-classique et précédé d'un beau porche appelé "chapiteau" surmonté de la statue de Saint-Jean-Baptiste.
• Les travaux sont achevés en 1786, et divers travaux d'aménagement se poursuivent, comme le remplacement des bancs en 1792.
• On procède à diverses réparations au XIXe siècle, on rehausse la flèche, installe une horloge… en 1873 on supprime les laves et la couverture en fer blanc de la flèche.
• en 1897 a lieu la redécouverte des peintures murales du XVIe siècle dans le choeur sous plusieurs couches de badigeons ; les voûtes étaient également décorées de motifs et frises, qui sont supprimés à l'époque.
Une campagne de travaux de restauration des peintures murales a lieu en 1899.
[Divers échanges à ce sujet ont lieu entre le maire de Moloy, M. Chaboeuf, président de la Commission des Antiquités, responsable auprès du préfet, et les autorités religieuses. Charles Suisse, architecte diocésain, architecte du gouvernement et architecte des Monuments Historiques, élève de Viollet-le-Duc, est sollicité pour compléter les décors retrouvés d'une "décoration d'ensemble". Henri Degré, architecte à Dijon, est sollicité par M. Chaboeuf.]

• Le 7 mars 1906 a lieu l'inventaire réalisé à la suite de la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cet inventaire nous renseigne sur l'aspect général de l'agencement intérieur de l'édifice, très modifié depuis. Il cite en particulier la présence du magnifique tableau de Nicolas de Hoey ("Saint-Luc peignant la Vierge" daté de 1603, classé MH en 1913, et qui constitue aujourd'hui l'un des joyaux du musée des Beaux-Arts de Dijon depuis son dépôt en 1962 par la commune de Moloy.
• Le 3 juin 1927 les peintures murales du choeur sont inscrites sur l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
• Le 15 avril 1943 les deux cloches sont classées au titre des Monuments Historiques, pour les protéger de la fonte… mais sont fondues finalement en 1952.
• En 1960 a lieu une restauration controversée sous l'impulsion de l'abbé Joly Pottuz qui ne laisse visible qu'une partie de ces fresques et qui crée un mobilier liturgique moderne, tabernacle, fonts, autels en pierre de Montmoyen.
• En mars 2007 est créée l'association Saint-Jean-Baptiste, pour la sauvegarde de l'église.

Quelle méthodologie suivons-nous ?
Lors des études préalables 2007-2009, nous avons défini un programme de travaux raisonné et devant permettre de révéler la profondeur architecturale, historique, artistique et religieuse de l'édifice.
Sur la base de l'observation, de l'étude historique et du diagnostic, du dessin, de l'analyse sur archives, trois phases logiques ont été déterminées :
1e phase) l'assainissement des murs, afin de diminuer l'humidité et de préparer la réfection des enduits, extérieurs comme intérieurs ; dans cette phase aujourd'hui réalisée, nous avons éliminé le ciment des 4 pieds des murs intérieurs de la nef, afin de supprimer tout réservoir d'humidité ; le résultat est d'ores et déjà visible et ressenti, avec un intérieur plus sain, mousses vertes disparues
2e phase) la restauration des superstructures, c'est-à-dire des ouvrages très endommagés qui menaçaient l'intégrité de l'édifice : flèche non étanche, charpentes endommagées ou mangées, couverture fatiguée, paratonnerre non conforme et même un peu farfelu ou dangereux.
Cette amélioration a d'ores et déjà permis de restaurer les enduits des façades, qui sont ainsi correctement protégés. Ont également été remplacés les chassis métalliques à verre blanc, rouillés, et inadaptés au lieu en terme de qualité de lumière, et ont été créés des dispositifs de ventilation permanente.
L'enveloppe de l'édifice étant ainsi restaurée et assainie, la 3e et dernière étape pourra être entreprise, qui permettra de disposer d'un espace revalorisé dédié au culte , et exprimant la richesse artistique et historique de Moloy.
Les deux tranches réalisées ont occasionné 38 réunions communes de chantier sur site. De nombreuses heures de travail ont été nécessaires, d'attention, de réflexion pour chaque détail.
Face à ces quelques 220 000 € HT de travaux, on peut estimer à plus de 20 les personnes intervenantes, qui ont travaillé de 2009 à 2012.

L'esprit d'équipe qui a animé ce chantier a été soutenu par l'équipe municipale, et particulièrement M. Fréquelin, Maire de Moloy, Madame Guitton, très présente au quotidien, et Madame Gerrier, présidente de l'association toujours impliquées et présentes aux réunions de chantier.

Grâce aux entreprises et artisans bien sûr :
- pour la maçonnerie, l'entreprise Girardet, d'Etalantes, a travaillé sous la direction de M. Girardet, et avec José qui a traité des enduits traditionnels à la chaux aérienne finie au badigeon dit a fresco, ou à frais, une technique ancestrale remarquable pour sa durabilité et l'éclat des surfaces.

Nous avons établi la recherche et l'approche des teintes avec Bernard Metzger qui a participé par son conseil aux compositions colorées à base de pigments de terre naturelles.
Sur la base de l'étude historique nous avons exprimé l'articulation entre les phases historiques médiévale et moderne, par des enduits quasi monochromes, mais de matiné différente.
- pour la charpente l'entreprise Contet et Bourotte (Flagey-les-Auxonne), a remplacé la charpente du croisillon nord, menacée d'effondrement car dévorée par les insectes, et restauré l'ensemble des charpentes. Elle a aussi amélioré et complété la sécurisation des accès dans le clocher et les combles afin que l'entretien puisse facilement être assuré.
- pour la réfection des couvertures, les compagnons de l'entreprise Gentil (Fixin), ont restauré totalement la flèche en ardoise de France, et refait l'ensemble des couvertures en tuile plate de remploi, après un tri des tuiles réemployables et un complément en tuiles similaires ; à noter la très belle réalisation en tuile canal de remploi du porche XVIIIe siècle, selon le principe d'origine.
Vous verrez dans le porche 3 des tuiles creuses d'origine de la fin XVIIIe siècle que nous avons retrouvé dans ce comble.
- M. Desroches et ses équipes d'Art Vitrail (Auxerre) ont su créer avec talent les nouveaux vitraux qui apportent une lumière vivante à l'intérieur de l'église. Ces vitraux remplacent des verres blancs et châssis en acier, assez laids, installés au début du XXe siècle, et restituent l'esprit des anciens vitraux qui avaient été détruits à l'époque.
- M. Chaineaux, menuisier à Mâlain, est intervenu sur quelques volets
- L'entreprise Depelec de Sainte-Colombe-sur-Seine, a installé l'éclairage des combles
- L'entreprise Plaire et M. Roullot (Saint-Symphorien-de-Marmagne) ont remis en service le beffroi et installé le paratonnerre

Merci à M. JOUFFROY, Architecte qui a eu la gentillesse de nous transmettre ce texte